Le Projet Régional d’Appui au Pastoralisme au Sahel (PRAPS) - Reconnaissance du Pastoralisme et nouveaux défis

Le 29 mai 2013, la Déclaration de N’Djamena issue du Symposium ministériel régional sur la contribution de l’élevage pastoral à la sécurité et au développement des espaces saharo-sahéliens a souligné la nécessité d’adopter une approche sous régionale pour relever les défis liés au pastoralisme. Quelques mois plus tard, le 29 octobre 2013, a été adoptée la Déclaration de Nouakchott pour un pastoralisme sans frontières, lors d’un forum de haut niveau placé sous l’égide du Gouvernement de la Mauritanie et des organisations d’intégration régionale telles que la CEDEAO et l’UEMOA.

Le Projet Régional d’Appui au Pastoralisme au Sahel (PRAPS) constitue la réponse opérationnelle de la Banque mondiale aux objectifs de la déclaration de Nouakchott. Depuis la fin de l’année 2015, le projet est mis en œuvre dans les six pays de la bande Sahélienne occidentale (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Sénégal, Niger et Tchad), avec la coordination régionale du Comité Permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS). Le projet vise à « améliorer l’accès à des moyens et services de production essentiels et aux marchés pour les pasteurs et agropasteurs dans des zones transfrontalières sélectionnées et le long des axes de transhumance dans les six pays Sahéliens, et améliorer la capacité de ces pays à répondre à temps et de façon efficace en cas de crises pastorales ou d’urgences ». Grâce à une combinaison d'investissements stratégiques, de renforcement des capacités et de dialogue politique, le projet soutient l'amélioration de la productivité, la durabilité et la résilience des moyens d'existence pastoraux, qui sont des priorités régionales reflétées dans la Déclaration de Nouakchott sur le pastoralisme. L’enjeu central est l’amélioration des conditions de vie de plus de 2.000.000 de bénéficiaires directs, pasteurs et agropasteurs, dont au moins 30% de femmes.

L’espace couvert par le projet correspond aux itinéraires de transhumance dans le Sahel. À l'intérieur de cet espace, chaque pays a identifié des zones de concentration spécifiques liées aux axes commerciaux inter-frontaliers majeurs de la transhumance.

Le PRAPS est articulé en trois composantes techniques :

  • Améliorer la santé animale : il s’agit principalement de renforcer les services vétérinaires nationaux et la surveillance épidémiologique des maladies animales dans la sous-région, ainsi que de contrôler deux maladies prioritaires (la PPR/Peste des Petits Ruminants et la PPCB/Peri-Pneumonie Contagieuse Bovine) à travers des campagnes de vaccination.
  • Développer et sécuriser l’accès aux ressources naturelles particulièrement critiques pour l’activité pastorale : il s’agit ici essentiellement de l’accès aux pâturages et à l’eau d’abreuvement.
  • Mieux valoriser les produits du pastoralisme sur les marchés, à travers notamment la construction d’infrastructures nouvelles, la facilitation du transit des animaux et la mise en réseau des informations commerciales.

Comme le projet se situe en zone sahélienne et que les crises (notamment climatiques) y sont récurrentes, le PRAPS développe aussi une composante de préparation aux situations de crise et de réponse rapide, à travers l’appui aux systèmes d’alerte précoce, la diversification des sources de revus des communautés pastorales/agro-pastorales et un fonds d’urgence.

L’un des premiers résultats du PRAPS est d’avoir replacé le pastoralisme sur l’agenda international : c’est ainsi que de nombreux autres bailleurs ont emboité le pas et apportent des soutiens complémentaires à ce secteur d’activité qui est source d’intégration régionale en Afrique de l’Ouest.

Alors que se rapproche la revue à mi-parcours des activités du PRAPS qui pourra être l’occasion de réorienter certains soutiens, les enjeux opérationnels immédiats du projet sont de faire monter en puissance les activités de santé animale pour capitaliser les acquis et de construire et/ou réhabiliter un grand nombre d’infrastructures pastorales en 2018, qu’il s’agisse par exemple de points d’eau, de couloirs de transhumance, de marchés à bétail et autres plateformes de stockage, etc. Cependant, les déficits de biomasse déjà observés après la saison des pluies 2017 risquent de plonger une partie de la zone sahélienne dans une nouvelle situation de crise pastorale, dont le PRAPS pourrait devoir contribuer à prévenir les effets.